Les visages de Montréal CoWork

Manon Tuffou, une bâtisseuse de talents

Manon Tuffou, une bâtisseuse de talents

Faire grandir les autres, c’est un talent en soi. Manon Tuffou, 32 ans, installée depuis 5 ans au Québec, est une passionnée des gens et du développement. Aujourd’hui, elle est agente indépendante pour influenceurs et consultante en influence. Elle a su combiner ses deux passions et développer sa propre expertise. Si l’univers des influenceurs est un domaine qui s’est professionnalisé au fil du temps et s’inscrit dans la lumière, le rôle d’agent se réalise dans l’ombre. Rencontre avec une adepte de la stratégie d’influence à Montréal CoWork.

« J’aime élever les gens », lance Manon. Ici, le talent des uns fait le bonheur des autres, « Ils peuvent vendre leurs services grâce au talent que j’accompagne et que je développe », résume-t-elle simplement.

Ce qui la motive profondément depuis toujours, ce sont les débuts, les premiers pas, les balbutiements d’une entreprise ou d’un artiste. Les voir grandir.

À la fois, agente indépendante en influence et consultante dans le domaine, sa partie préférée demeure la représentation de talents. Un métier pas comme les autres où l’intelligence émotionnelle est de mise. « Tu dois être parfois médiatrice, coach, maman, amie », dépeint-elle.

Son métier rappelle celui des agents de la série Netflix Dix pour cent, à une différence près : ses talents ne sont pas des acteurs mais des créateurs de contenu.

Un phénomène qui non seulement impacte, mais parle à toute une génération.

Cet univers fait souvent rêver pour la liberté qu’il donne à voir, l’argent, la visibilité, la beauté, le voyage, une forme de célébrité et une impression de choisir sa vie, mais pas seulement. « On influence les gens autour de nous au quotidien, c’est juste qu’eux ont l’assurance de le faire face caméra et se disent je vais le montrer à tout le monde », souligne-t-elle.

Pour Manon, un créateur de contenu est quelqu’un qui laisse libre cours à sa créativité, « qui partage quelque chose de neuf », exprime-t-elle. À ne pas confondre avec des personnes issues de la télé réalité, un distinguo important selon elle.

Derrière la réussite de ces influenceurs, il existe un chaînon important, une réalité professionnelle parallèle : la sienne. « J’aime l’ombre », reconnaît-elle, et l’ombre c’est ce qui fait sa force.

Véritable « bouclier » pour ses clients, Manon veille à la protection de leur image. Elle devient un véritable couteau suisse lorsqu’il s’agit de s’assurer du bon déroulement des négociations et des tournages, tout en pensant en amont la stratégie entourant la personne qu’elle représente. Parfois, cela représente des mois de travail.

Un métier pas comme les autres

« Je voulais être chef de produit », se souvient-elle, quand on lui demande comment tout a commencé. Aujourd’hui, ses talents, ce sont ses produits, comme elle l’explique souvent.

Après avoir étudié en école de commerce, à Lyon, et obtenu son master en marketing et communication, elle sait déjà qu’elle adore la polyvalence et travailler pour de plus petites entreprises. Cependant, trouver chaussure à son pied sur un marché du travail qui valorise la spécialisation et les cases n’est pas évident.

Puis, un jour, une opportunité se présente, en lien avec un tournant majeur qui s’amorce dès les années 2010 avec YouTube, Instagram et certains blogs. « Les agences commençaient à naître, personne n’était au courant qu’il y avait des agences pour les créateurs de contenu », explique-t-elle.

Pour Manon, son tournant s’appellera Point d’Orgue, une agence spécialisée dans l’influence marketing. Elle commence en avril 2018 en tant que chef de projet, une aubaine qui laisse à sa polyvalence tout l’espace pour s’exprimer, et ce, durant 4 ans.

Les étoiles sont alignées puisque l’une des plus importantes youtubeuses du moment EnjoyPhoenix désire être représentée par l’agence, ce qui entraînera un effet boule de neige pour la suite.

Une expérience formatrice où Manon met tout son talent et son authenticité au service des autres dans un milieu où l’image et le paraître sont importants.

Au bout de ces 4 ans, l’envie de se renouveler et de vivre à l’étranger se fait sentir. L’une des créatrices qu’elle représentait, installée depuis 10 ans dans la ville de Québec, lui propose un poste. L’opportunité de vivre à l’étranger s’offre à elle et Manon la saisit. Elle vivra et travaillera, deux ans là-bas avant de faire le saut vers Montréal.

Montréal CoWork, un repère inattendu

Montréal, une ville monde qui offre un écosystème propice pour gérer les créateurs de contenu, marque les débuts de Manon en tant qu’entrepreneure. En février 2025, elle se lance à son compte pour être libre et établir ses propres règles.

Forte de son expérience, elle arbore la double casquette de consultante en influence et travaille aussi pour des marques ou des agences qui cherchent à réaliser une ou plusieurs campagnes dans le domaine. « Je veille à ce que les négociations se passent bien, si on valide une marque, un événement ou un tournage il ne faut pas de bad buzz », prévient-elle. Les enjeux sont bien réels et le travail au rendez-vous.

Elle se met à travailler à temps plein de chez elle ou bien dans des cafés. Mais peu à peu, Manon se sent face à un mur.

« J’aime tellement les gens, j’aime tellement discuter », lance-t-elle de façon spontanée. Si devenir entrepreneure comporte son lot de défis, l’isolement la rattrape. « Je me rends compte que je n’avais plus la motivation et je n’arrivais plus à me faire un horaire de travail sur une journée », réalise-t-elle. Retrouver un cadre quotidien devient urgent et le contact humain essentiel.

Après avoir cherché « espace de coworking » sur Google, elle pousse les portes de Montréal CoWork, près de l’avenue Mont-Royal. Derrière les vitres foncées de la rue Saint-Denis, elle y découvre non sans surprise un espace de travail, réparti sur trois étages, lumineux mais surtout un esprit de communauté et de camaraderie.

Un environnement propice, situé à seulement 6 minutes à pied de son domicile, et qui change positivement son quotidien d’entrepreneure.

« À date, c’est le meilleur investissement que j’ai fait parce que ça me fait du bien, ça me motive », partage-t-elle de bonne humeur. Des amis, elle s’en est fait, pour la plupart entrepreneurs et travaillant dans des secteurs totalement différents. « On n’a rien à voir les uns avec les autres, il n’y a personne qui est dans mon domaine », souligne-t-elle.

Être ensemble sans même faire la même chose, c’est ce qui fait aussi l’esprit et la force de Montréal CoWork.

Après plus d’un an et demi de travail à son compte, elle réfléchit. « Aujourd’hui, je cherche le sens de mon entreprise, j’ai ce besoin d’avoir une mission dans la vie ... J’aime le métier mais je suis passée à un stade où il faut que cela fasse plus de sens ». Son ambition intime, développer des projets entrepreneuriaux qui lui ressemblent.

Souvent, on influence par les créations que l’on entreprend. « Demain, si j’influence les gens, je les influence pour quelque chose », conclut-elle.

Crédit article : Hélène Lequitte